Pure Conscience
« Le degré de spiritualité n'a rien à voir avec ce en quoi vous croyez,  mais tout à voir avec votre état de conscience. »

                Eckhart TOLLE

Swami RAMDAS
« Dieu habite dans chaque être..., aussi petit soit-il, dans sa totalité et toute sa perfection. »
                                             ( Le texte ci-dessous est extrait du site de référence )


     Le nom de naissance de Swami Ramdas est Vittal. Son nom de famille Trikanad. 
 
    Il est né à Hosdrug, ville du Kérala, un état de l'Inde du sud. Il appartient à une famille brahmane de la communauté des Saraswats. 
 
   Hautement cultivés, les Saraswats tiennent le premier rang en Inde pour l'éducation de leurs enfants. Adaptables à tous les environnements, ils ont des vues avancées sur les réformes sociales. 
 
   Vers la fin des années 1860, deux familles Saraswates s'installent à Hosdrug : les Trikannad et les Padukone, familles grand paternelle et grand maternelle de Vittal. Elles vivent en harmonie depuis longtemps ; déjà un mariage les a réunies. 
 
  Shamarao Padukone se marie avec Lalithabaï, la troisième fille de la famille Trikannad. Balakrishnarao, fils aîné de Shamarao est le père de Vittal 
 
   Vittal naît à Hosdrug le 10 Avril 1884. jour de pleine lune. Vittal naît à midi. Que de lumière ! Sous les tropiques, en Avril, le soleil est au meilleur de sa force ! 
 
    Ce jour là, c'est la fête dite " Hanuman Jayanti ", qui célèbre la naissance de Hanuman. Or Hanuman est, d'après la tradition, un homme-singe , le meilleur et le plus fidèle serviteur du Roi Ramachandra ; autrement dit Rama, ou Ram . Troublante coïncidence pour la naissance de Vittal, qui deviendra "Ramdas", ce qui veut dire serviteur ("das") ou même esclave de Ram.

  Le jeune Vittal est à la fois un cheval fougueux et une âme intérieure, de celles qu'on ne saurait contraindre à entrer dans un moule. Aussi, bouillant de nature et sans-souci de disposition, il s'absente souvent de l'école. Il a soif de liberté, et supporte difficilement les contraintes en lesquelles l'école et la famille le veulent contenir. 
 
   Un trait de son caractère, qui se dessine dès l'enfance, c'est qu'il n'a pas la moindre ambition pour quelque position mondaine, bénéfice ou récompense. Alors qu'en classe beaucoup d'enfants attendent des résultats aux examens ou des applaudissements de leurs camarades ; alors qu'à la maison ils se sentent flattés par un mot de louange de leurs aînés pour souligner leur succès, leur intelligence ou leur sagesse, de tels désirs sont totalement absents de Vittal. 
 
   Malgré son travail sans conviction, Vittal ne redouble jamais une année scolaire Après la troisième classe, dernier niveau de l'école primaire anglaise, il est envoyé à Mangalore pour suivre des études secondaires à la Mission High School, école dirigée par des missionnaires chrétiens allemands 
 
    Par plusieurs de ses professeurs, il est considéré comme une personne qui se trouve là pour occuper une place sur un banc. C'est pourtant à partir de cette époque qu'il va ressentir une soif interne de connaissances générales et qu'il devient, pour son âge, un jeune homme très à la page sur bien des sujets. Car, bien qu'il se refuse à se bourrer le crâne de matières scolaires, il est un lecteur vorace de tous les livres d'intérêt général sur lesquels il peut mettre la main.  
 
   Son intelligence est d'un haut niveau. Il fait immédiatement sien ce qu'il lit. Alors qu'un garçon moyen traîne sur les leçons, il n'a jamais à le faire. Il est étranger à ce qu'en langage scolaire on appelle "bachotage". 
 
   Comme on peut s'y attendre, Vittal traîne dans ses études. On annonce l'examen de sélection pour l'entrée à l'université. Il le passe, et bien sûr le résultat est négatif ; mais cet échec a peu d'effet sur Vittal qui n'en est pas perturbé. 
 
   L'influence majeure que Vittal reçoit pendant son année d'études à Mangalore est un contact avec la Bible. La définition chrétienne :"Dieu est amour" enchante Vittal, qui apprend indirectement le pouvoir de la bhakti des Hindous, et la profondeur des enseignements du Christ et du Bouddha. Le grand idéal de l'amour divin enflamme le coeur de Vittal ; il va influencer sa vie. 
 
   L'année d'après, Vittal change d'école : il est envoyé à la Christian High School de Udipi. 
 
   A Udipi ses études ne sont pas meilleures. 
 
   Il réussit pourtant à être sélectionné pour passer son examen. Il se rend à Kasaragod chez un oncle généreux, dans le but de préparer cet examen. Or l'oncle avait une importante bibliothèque remplie de livres religieux, en particulier ceux de la Société Théosophique. Voilà Vittal lisant Madame Blavatsky, puis Annie Besant, ce qui lui donne des connaissances nouvelles et pleines d'intérêt sur les mystères des religions, spécialement l'Hindouisme, mais ne le prépare en rien à son examen. Et, comme il a entendu parler des deux grands saints Sri Ramakrishna Paramahamsa et Swami Vivekananda, il se documente sur ceux-ci. 
 
   Ce qui fait qu'au total il est recalé à son examen et revient chez lui à Hosdrug. 
 
   A cette époque Vittal a 15 ou 16 ans 
 
   Ses parents décident que leur fils n'étant pas fait pour les études, et ils l'inscrivent à l'Ecole des Beaux-Arts de Madras Là, le travail lui convient tout-à-fait. C'est avec une belle ardeur qu'en six mois il rattrape un niveau qui demanderait deux ans d'ordinaire. Hélas, il se rend vite compte que la durée de ces études est très longue - 7 ans - et qu'elles ne le conduisent vers aucun débouché. 
 
    Une autre opportunité s'offre alors à lui. Dhareshwar Sadavhivarao, un Saraswast de Madras offre en mémoire de son père la scolarité pour deux étudiants au Victoria Jubilee Technical Institute (V.J.T.) de Bombay. Vittal est sélectionné, et il est d'accord pour saisir cette chance. Ces études feront de lui un technicien supérieur en textiles. 
 
    Le jeune homme continue à considérer les études comme ennuyeuses et contraignantes et donc à les aborder du même biais qu'il avait toujours adopté ; il passe le plus clair de son temps à lire les livres qu'il trouve dans les bibliothèques de la ville, "n'importe lequel et de n'importe quelle sorte, sur n'importe quel sujet que l'on puisse concevoir". 
 
   C'est à ce moment là qu'il tomba sur des livres publiés par l'Association Américaine de Presse des Rationalistes , et lit les oeuvres de Ernst Haeckel ("The Riddle of the Universe"), Grant Allen ("The Evolution of the Idea of God") et autres. Ces textes mettent son esprit en feu, et la foi, initiée par une famille traditionnelle, puis longuement nourrie par son aspiration naturelle, disparaît, balayée d'un coup. Dès lors il désire adhérer l'Association Rationaliste, afin de pouvoir en lire les dernières publications et être ainsi à jour des idées, scientifiques, qu'elle enseigne. Il sollicite une adhésion. Jamais il ne reçoit de réponse ! 
 
   Alors, il tombe sur les oeuvres de Swami Rama Tirtha et de Swami Vivekananda Paramahamsa. Le terrible renoncement, et le pouvoir spirituel jupitérien de Vivekananda, qui lui permet de porter à bout de bras le message du Védanta au delà des mers loin du pays où les anciens Rishis l'avaient semé, tout cela rend de nouveau le coeur de Vittal fertile. Cette foi morte se met à repartir et croître, et si rapidement qu'elle passe en peu de temps de la totale négation à l'affirmation de l'existence de Dieu. A partir de ce moment, la foi devient partie de lui même, à la racine, et indestructible. 
 
   Il se trouve sans aucune attirance désormais pour une religion de rites et de cérémonies. L'idée de cultes et de dogmes lui est inadmissible, car il voit maintenant Dieu comme le père de tous les membres de la races humaine, principe universel, source de tout ce qui existe. Et son coeur se prosterne devant un tel Dieu. Son idéal : établir les fondements sûrs pour une vie et une action parfaitement morales. 
 
   Il se met au travail, passant nuit et jour sur ses livres, et c'est finalement le succès : à la fin de trois ans passés au V. J. T. Institute, il reçoit son diplôme de technicien supérieur en industrie textile. 
 
   Il commence à Gulbarga le travail dans son nouvel emploi. Pendant quelque temps la vie s'écoule tranquillement, mais Vittal se rend compte bientôt qu'il n'a pas la vocation du travail en usine. Il agit comme un automate, assurant son rôle parce qu'il est mis là pour l'assurer. Au bout de trois ou quatre mois, Vittal reçoit un télégramme de son père l'informant de nouveaud'une proposition de mariage. L'alliance est décidée par les parents : sa mère, malade et alitée maintenant pour plusieurs années, s'est engagée à la place de son fils. Même la date est fixée, compte tenu d'un consentement présumé. Vittal, désarçonné, hésite un moment ; mais refuser quand les parents se sont avancés aussi loin, est en Inde, à cette époque, les mettre en discrédit.. Finalement il cède, et télégraphie son consentement. 
 
   On devine la joie qui habitait le coeur du jeune marié ! 
 
   Rukmabaï est une femme cultivée, avec un penchant fortement religieux. On peut dire qu'elle est pour lui "une partenaire digne et dévouée" comme le notent ses biographes indiens. Il n'y aurait guère de problème s'il y avait communion d'âmes dans ce mariage arrangé 
 
   Elle lui donnera une fille, Ramabaï, pour laquelle il aura une grande affection, jusqu'à ce que l'amour particulier devienne Amour Universel, partagé également entre tous les êtres. 
 
   L'histoire de la vie professionnelle de Vittal est extrêmement mouvementée. Il sembla que Dame Fortune se soit plue à lui jouer de ses tours les plus vils. En donner le détail serait fastidieux. Disons que le rôle de cadre de l'industrie textile en Inde du XIXème sciècle mit le futur Ramdas dans des situations où il apprit à affronter difficultés familiales, financières, sociales, déménagements multiples et faire face à des menaces de mort même. Il y fit montre d'un caractère intrépide. 
 
   Mais il n'a pas d'autre choix que de quitter un travail ingrat où il ne trouve ni considération ni ressource. 
 
    Il se rend alors à Hosdrug chez ses parents. Mais au bout de deux mois il n'a rien trouvé ; le fait d'être obligé périodiquement de se remettre en quête de travail finit par l'emplir de dégoût. 
 
   Après une aide de son beau père qu'il finit par décliner pour des raisons d'éthique, il décide de démarrer pour lui-même, sur une petite échelle, un travail de teinture et d'impression de saris . Il équipe pour cela un atelier dans lequel il peut conduire ses premières expériences. 
 
   Le travail prend rapidement de l'envergure, et il devient vite nécessaire de repenser à un projet d'atelier plus large, ainsi qu'à une boutique en ville afin de recevoir les commandes et de négocier les affaires. Il loue une grande maison pour servir à la fois de résidence et d'atelier, ouvre un magasin et l'affaire prend le nom de "Sri Sitaram Vittal Company". 
 
   Vittal est trop généreux pour devenir un parfait capitaliste. Les salaires qu'il donne aux ouvriers sont plus élevés que ceux qui sont accordés partout ailleurs pour un travail similaire. Les augmentations sont fréquentes et sont déterminées sans égard à la condition financière de l'entreprise. Les comptes virent peu à peu au rouge, la compagnie marche vers le désastre. 
 
   Lentement et imperceptiblement les circonstances extérieures font s'approfondir les tendances religieuses de Vittal. En même temps son désintérêt pour le gain prend davantage de force et d'élan. Les événements se précipitent pour Vittal. Même s'il a trouvé un associé plein de bienveillance, et que dans l'immédiat son ménage ne manque de rien, son esprit, de jour en jour, s'oriente rapidement vers le divin. Il conserve le Nom de Dieu continuellement en action sur la langue, il se prive du repas du soir, et se prive des conforts domestiques. Sa sadhana devient cause de reproches de la part de la famille. Il occupe une grande partie de ses nuits à répéter le Nom divin, et Rukmabaï s'épouvante par l'étrange tournure que prend désormais la vie de son mari. Aucune persuasion, aucun appel, aucune protestation, soit d'elle soit de sa fille ne peuvent induire quelque changement à la ligne de conduite qu'il s'est fixée. Car il sent très fort qu'il se situe sur un chemin commandé par ce Grand Pouvoir, et qu'il n'a que le choix de travailler à Le réaliser. 
 
   La dévotion de Ramdas envers Ram progresse par bonds. Chaque fois qu'il se trouve libre de ses devoirs, même pour peu de temps, il a pris l'habitude de méditer sur Ram ou d'en prononcer le Nom. Il marche dans la rue en répétant : "Ram, Ram". Il perd peu à peu toute attirance vers les choses du monde. Les raffinements de toilette ou d'habillement sont remplacés par du vulgaire khaddar, le lit par une simple paillasse, et la nourriture, réduite d'abord à deux repas par jour, se limite à un seul repas, bientôt composé uniquement de bananes et de pommes de terres bouillies. Les épices et le sel sont totalement évités. Alors la méditation de Ram prend rapidement une place majeure, elle empiéte grandement sur les heures de la journée et même sur les prétendus devoirs mondains. 
 
    C'est à cette époque qu'un jour, le père de Ramdas s'approcha de lui et le prenant à part lui transmet l'Upadesh du Ram-Mantra : Sri Ram, Jai Ram, Jai Jai Ram, l'assurant que s'il répétait ce mantra tout le temps, Ram lui donnerait un bonheur éternel. Cette initiation de son père - qu'il considérera désormais comme son Gourou, précipite le progrès spirituel de Ramdas. 
 
   Il sait que sa vie est devenue un jeu entre les mains du Tout Puissant : elle se moule désormais uniquement suivant sa volonté. Il sait parfaitement que l'heure à laquelle il va laisser tout ce qu'il appelle "sien" pour plonger dans l'Infini ne tardera plus, bien que n'en soient encore fixées ni l'heure ni les conditions. Vittal est prêt, il est impatient de vivre cette grande aventure. Il sait que, souffrance et mortification pour le corps, elle sera, suivant le langage des mystiques, une lutte destinée à "prendre d'assaut la Cité de Dieu et gagner la liberté éternelle." 
 
    Vittal a 38 ans en cet hiver 1922. Et tout se déclenche. 
 
   Il décrit le détail de ces moments-là : 
 
   "Une nuit alors que Vittal savoure la douceur de réciter le Nom Divin, Ram lui suggère cette prière : Ô Ram, quand ton esclave te voit à la fois si puissant et si tendre, quand il sait que celui qui se confie à toi obtient sûrement une paix et un bonheur véritables, pourquoi ne s'abandonnerait-il pas complètement dans ta miséricorde, en renonçant à tout ce qu'il appelle "mien" ? Tu es absolument tout pour ton esclave. Tu es le seul protecteur dans le monde. Les hommes s'égarent quand ils disent : "Je fais ceci, je fais cela, ceci est mien, cela m'appartient". Tout, ô Ram, est tien, et toutes choses sont faites par toi seul. La seule prière que ton esclave t'adresse est que tu le prennes sous ta complète direction et que tu ôtes de lui le sens du "moi". 
 
   Cette prière est entendue. Le coeur de Vittal pousse un lourd soupir, et un vague désir s'empare de lui de renoncer à tout et d'errer en quête de Ram, dans la tenue d'un mendiant." 
 
   Alors Ram le pousse à ouvrir au hasard le livre Lumière de l'Asie qui se trouve à ce moment là devant lui. Ses yeux se fixent sur la page où est décrit le grand renoncement du Bouddha, qui dit : 
 
   "Maintenant l'heure est venue où je dois quitter cette prison d'or où mon coeur vit encagé. Pour trouver la vérité, dorénavant je la chercherai pour l'amour des hommes, et je la trouverai." 
 
   De la même façon il ouvre le Nouveau Testament, et il est attiré par ces paroles définitives du Seigneur Jésus-Christ : 
 
   "Celui qui, par amour de mon Nom, a abandonné sa maison et ses terres, ses frères, ses soeurs, son père, sa mère, sa femme ou ses enfants, sera récompensé au centuple et héritera de la vie éternelle." 
 
   Enfin, Vittal, poussé de la même manière à consulter la Bhagavad-Gita, lit le vers suivant : 
 
   "Abandonne tous tes devoirs et viens à moi comme seul refuge ; ne t'attriste pas, je te libérerai de tous péchés." 
 
   Ram a parlé à travers les mots de ces trois grandes incarnations : Bouddha, Christ, et Krishna. Tous lui indiquent le même chemin, celui du renoncement. Vittal pris aussitôt, par amour pour Ram, la décision d'abandonner ce qui jusqu'à maintenant il chérit comme sien et de casser les liens de la vie mondaine." 
 
   Et Ram conspire avec lui. Juste comme ces événements se passent, sa femme et sa fille sont invitées à passer deux ou trois jour à la maison paternelle, en ville. Saisissant cette précieuse opportunité, dès qu'elles sont parti, Vittal s'habille très simplement, de deux pièces de toile de coton enroulées l'une sur la partie supérieure du corps, l'autre sur la partie inférieure. Puis, le lendemain, il achète une petite quantité d'ocre rouge et teint deux autres pièces de toile. 
 
   Dans la nuit suivante, il écrit deux lettres. Une pour son associé qui l'a dégagé de ses dettes, une autre pour sa femme, qu'il considère désormais comme une soeur. 
 
   La lettre à Rukmabaï dit : 
 
   Mangalore, 
 
   Chère soeur, 
 
   Pour l'avenir, vous êtes seulement ma soeur. Sri Ram, aux pieds de qui je me suis complètement abandonné, m'a fait sortir de la sphère de ma vie passée. 
 
   Je m'en vais, tel un mendiant, dans le vaste monde, en chantant le doux nom de Sri Ram. Vous savez, je n'ai d'autre ambition dans la vie que de lutter pour obtenir la Grâce et l'amour de Sri Ram. A ce but unique, je consacre le reste de ma vie et je suis prêt à souffrir pour cela jusqu'aux limites de la souffrance. 
 
   Nous ne devons plus nous revoir - du moins comme mari et femme. Marchez toujours sur le chemin de Dieu et le la Vérité, et que Rame fasse de même. 
 
   N'abandonnez pas le rouet, il vous donnera paix et bonheur. Que Rame y travaille aussi. 
 
   Que les bénédictions de Sri Ram soient sur vous et sur Rame. Il vous protège toutes les deux. 
 
   Affectueusement, 
 
   Votre Vittal 
 
   Il met dans sa poche 25 roupies , et ne prend avec lui que son vêtement ocre composé des deux pièces de tissus qu'il a teintes, et trois livres : La Bhagavad Gita, Lumière de l'Asie et Le Nouveau Testament. A cinq heures du matin, il dit adieu à un monde qui n'a plus d'attrait pour lui, et vers lequel il ne reviendra pas. Il se présente à la gare de Mangalore et monte dans le "Madras Mail". C'est le 27 décembre 1922, il a 38 ans et une vie extraordinaire commence pour lui. Plus tard, il dira : " Jusqu'à trente huit ans la vie de Ramdas fut un échec. A partir de trente huit ans, ce fut un succès". 
 
   A cinq heures du matin ce 28 décembre il monte dans un train, avec trois livres, quelques roupies, et un vêtement orange comme tout bagage. Le soir venu, il descend à Erode Ainsi commence sa vie de moine errant (sadhou). 
 
   Il se dirige alors vers la gare 
 
   A minuit, la cloche de la gare annonce l'arrivée d'un train. Il se lève, et se trouve à côté d'un Tamoul qui lui demande où il va. Vittal n'en sait fichtre rien. C'est à Ram de décider. Et Ram décide sur le champ : l'homme va à Trichinopoly, promet à Ramdas de l'emmener jusque là avec lui, paye son billet, et tous deux s'embarquent dans le train 
 
   Et c'est la fin du second jour. 
 
   Au petit matin, il se rend à pied à Shrirangam, située à 13 km de Trichinopoly, et atteint cette ville vers huit heures. 
 
   Voici ce qu'il raconte au sujet de cette troisième journée, dans In Quest of God : 
 
   "C'est là que Vittal pour la première fois entre dans la compréhension du plan de Ram, ... et ce plan est de le mener en pèlerinage vers les sanctuaires sacrés et les fleuves saints de l'Inde. A Shrirangam, la rivière Kaveri coule dans toute sa pureté et sa majesté. Vittal s'y rend et se baigne en ses eaux claires. Et c'est là que, par ordre de Ram, il revêt la robe de sannyasin . C'est un moment décisif par lequel Ram donne à Vittal une vie nouvelle. Il offre ses vêtements blancs aux eaux de la Kaveri, qui les emporte dans son courant tumultueux. Il endosse les vêtements ocres et il fait monter cette prière jusqu'aux pieds de Ram tout puissant : 
 
   "Ô Ram ! Ô Amour infini, protecteur de tous les mondes ! C'est par toi seul que ton humble esclave a été poussé à adopter le sannyâsa . Pour ton nom seul, ô Ram, Vittal a quitté la vie mondaine, et toutes ses attaches, tous ses liens ont été tranchés. O Ram, bénit ton pauvre adorateur de ta grâce ! Fais qu'il obtienne la force, la foi, et le courage pour observer ses voeux et supporter toutes les expériences et les épreuves de toutes sortes qui peuvent surgir sur son chemin de sannyasin et sa vie rude et périlleuse de mendiant". 
 
   Il fait alors les 3 voeux suivants : 
 
   1°- Désormais sa vie sera entièrement consacrée à la méditation et au service de Sri Ram. 
 
   2°- Il observera un strict célibat, considérant toutes les femmes comme des mères. 
 
   3°- Son corps se sera soutenu que par des nourritures qu'il se procurera à partir d'aumônes ou par ce qui lui sera offert à titre d'aumônes." 
 
   Alors il se sent tressaillir d'une nouvelle naissance, d'une nouvelle vie, pleine du doux amour de Ram. 
 
   La paix tombe sur son âme tourmentée. Désormais, il prendra le nom de Ramdas (Das, serviteur, de Ram) 
 
   Toujours accompagné de son ami Tamoul, il monte dans le train, en direction de Tirupapuliyur, où les deux sadhous trouvent à se loger chez une relation du bon ami. Un jour, celui-ci décide d'emmener Ramdas darshan de Ramana Maharshi. 
 
   L'ashram du Maharshi est situé au pied de la colline d'Arunachala, montagne sainte sur laquelle il se livra à des austérités pendant de longues années. Le bâtiment, à l'époque était une sorte de hangar recouvert de chaume. Les visiteurs y pénètrent et se prosternent aux pieds du saint. Le lieu respire la paix, c'est un endroit béni. Ramana Maharshi est jeune mais il possède un tel calme sur son visage et un tel regard de tendresse et de sérénité que tous ceux qui viennent à lui subissent le charme de sa paix et de sa joie. Comme Ramdas sait que le Maharshi parle anglais, il lui dit : 
 
   - Maharâj, un humble serviteur se trouve devant toi. Aie pitié de lui. Sa seule prière est de recevoir ta bénédiction. 
 
   Le Maharshi ne répond pas, mais il pose son beau regard sur Ramdas, et le contemple pendant quelques minutes avec intensité, versant ainsi par le regard un pouvoir extraordinaire. Puis il fait un signe indiquant qu'il l'a béni. Un tressaillement d'un bonheur indicible secoue le corps de Ramdas tout entier, le faisant frémir comme une feuille sous la brise. Il oublie tout ce qui est autour de lui, et tombe dans une extase inexprimable. 
 
   C'est pour l'évolution spirituelle de Ramdas une expérience capitale : se référant à cette unique visite, il considérera qu'après son père, le Maharshi est son second gourou.